5 filles contre SINGAPOUR

Livre_Singapour

– Merde ! Mais comment elle doit être cette chemise ?
– hum… ?
– Non, mais c’est sérieux comme question !
– OK, bon c’est quoi la couleur du pantalon ?
– Pourquoi tu demandes ?
– T’as qu’à faire ton sur ton !
– C’est quoi encore cette théorie ?
– Ce n’est pas une théorie, ça s’appelle avoir bon goût… Et puis, on a pas idée d’acheter sa tenue de mariage sur un marché de Singapour !
– Je fais ce que je peux ! Tout le monde n’a pas ton salaire, monsieur l’ambassadeur.
– Tout le monde de se marie pas 5 fois dans l’année !

Bien plombé

MortAuxTrousses

 Il a fait beau jusqu’à midi. Après, ça s’est gâté sérieusement, le temps comme le reste.
Pourtant la veille, ça partait bien. En passant sur le barrage, j’avais vu deux belles truites moucher rive gauche et la météo annonçait grand beau pour les trois jours à venir. Vers 19 h, quand les gars pour la pêche se sont pointés, j’avais récupéré les courses de la semaine et préparé l’apéro. Chacun a posé son sac et ses cannes dans un coin, fait le tour du propriétaire et la soirée a glissé facile, comme une bonne bière fraîche. J’ai couché l’équipe avant minuit et prévenu que mon pick-up décollait à 5 h 30. Tant pis pour les retardataires, ils n’auraient qu’à passer la journée à Vulcania avec la marmaille du week-end. Je vous le disais, on ne peut pas faire plus crème comme mise en bouche.

Je crois que c’est le directeur marketing qui est mort le premier. C’est lui qui avait eu la bonne idée de m’appeler.
– Il faudrait organiser un séminaire au vert, avec des activités nature… Enfin vous voyez, histoire de souder l’équipe en douceur.
Ben c’est raté mon coco. La franche camaraderie a viré au vinaigre ! Des seaux d’eau glacée tombent du ciel et le mec de la compta sulfate au Beretta tout ce qui bouge. Plutôt calme au départ le gars, je n’aurais pas cru…
Un volcan en sommeil qui ne demandait qu’à se réveiller !

Au fait, je m’appelle Margo Vidal, et si il y avait du réseau dans ce putain de trou où je me planque, j’aurais bien appelé le GIGN pour qu’il vienne me sortir de là !

Tout feu, tout flamme

Approchez, approchez !
Je serais heureux de vous montrer un bassin demi-circulaire, entièrement composé de quartiers
de granit avec, dans son fond, une prairie profonde d’algues et de varechs.
Étonnant comme entame pour un gars debout devant une friteuse fixée à un caddie de supermarché
par du câble électrique !
Je n’étais pas équipé de sonar, mais à coup sûr ce garçon vivait un état incandescent.
Je m’éloignais, légèrement envieux, sa supplique étouffant le bruit de friture bouillante.

Retrancher

retranche

– Agis !
Penser est une audace qui te coûtera la vie.
Sous le grondement, la voix du capitaine n’est plus qu’un murmure.
Le visage contre terre, je regarde son sang couler dans mes souliers.
Mince, élancé, flamboyant, sa bouche parait répandre des flots de fumée granuleux comme du fusain sur du papier de verre. Une phrase d’Eleanor Rustern me vient à l’esprit : « Elles ne songeront qu’à boire nos larmes ». La première de son roman « Un sommet sans drapeau »…
Agis bordel, agis !

Je lève la tête et jette un œil par-dessus son barda. Un champ, un mur de pierres et une maison, à 200 mètres maximum. Il n’y a plus de porte, ni de fenêtre. Un cheval éventré gît sur le toit au milieu des tuiles et d’un reste de charpente. Derrière, sur la colline, le ciel n’est qu’une masse de ténèbres.
Il pleuvra, avant ce soir c’est sûr.

Je ferme les yeux et d’innombrables essaims de rongeurs dévalent de la colline dans un chuintement.
La terre entière vibre et ondule comme une herbe noire sous le vent.

L’ABONIMABLE !

L'aboimable HuKL

 Depuis un bout de temps, plus rien ne bougeait sur les écrans ancestraux.
Alors je suis parti, sans passeport, me retirer dans les forêts premières.
Vision: me faire une arche de verdure, comme un immense berceau en médium hydrofuge.
Cette idée m’a conquis un temps, en me ramenant à l’âge essentiel où l’on ne sait rien des débâcles.
Pressé, affairé, les yeux sortant des orbites, je suais loin des fadaises avec l’entêtement d’un bélier.
Tenir le cap, à jamais. Ramure, ombrage, abri. Nulle négociation, nulle réforme intérieure.
Quelques bruits me parvenaient, infimes, légers. Ils frappaient la surface blanche des rochers
et leurs éclats se perdaient au cœur de la canopée.

Et puis les vagues se ruèrent. Disloquées, ébréchées, sillonnées, pénétrant l’obscurité verte et fumeuse, la perçant de leurs épées et poignards.

Laisse tomber

hawai-shirt

Contre quelques billets, j’ai convaincu un forain de me laisser son stand de tir.
Le temps d’une soirée, 3 ou 4 heures pas plus. Je voulais connaître le frisson,
du moins je l’imaginais, en passant devant le canon des carabines.
Difficile à admettre, mais à part gonfler des ballons au nez de gamins
qui me regardaient comme leur pape, il ne s’est rien passé.
Pas l’ombre d’un frémissement. Tout en pure perte.
Vers 23 heure, un vent frais s’est levé. Le stand s’est vidé, la place s’est vidée.
Je suis resté seul. Personnes, pas même un chien. Dans le ronflement des ventilateurs,
les canards jaunes et bleus tournaient inlassablement en rond.

Calé dans son fauteuil, le forain me regardait en coin. A proximité ronflait un feu
dont la flamme embrassait le fond noir de la nuit. Autour de lui, quelques points
lumineux brillaient dans l’herbe. 
Il tenait un pistolet dans chaque main.
Mais avec le vent et la fumée, qui maintenant envahissaient le stand,
je ne pourrais en jurer. Peut-être que ce n’était que des morceaux de bois…

J’ai remis quelques plombs dans les coupelles.

Le Grand Bookmarker

le_grand_tout

Je vois venir la fin du mois d’août et je me sens toujours aussi vidé, comme ligoté à l’intérieur d’une grosse berline de police. Je ne fais plus aucun effort intellectuel mais j’ai arrêté de traîner mon vertige chez tous les bookmakers londoniens.
Vous savez, ces gens disposent d’énigmatiques machines, faites de tubes de verre et de zinc. C’est fascinant. Accordez-leur une heure et elles deviennent une présence chaude et vivante dont vous ne pouvez plus vous passer, jusqu’à la confusion des sens.
Le printemps a suffit pour que je touche le fond et me retrouve sur la paille. Je suis pourri de dettes. On m’a tout saisi, jusqu’à mes lentilles de contacts. Je baigne dans un flou amniotique le plus total.
Sheryl, dont les membres ne cesse de grossir, même quand elle dort,
passe son temps à se foutre de ma gueule.
– Tu ressembles à rien avec tes double foyer, et ton blair je t’en parle pas !
Quand je la regarde de face, je vois le crâne d’un taureau éclaboussé de sang.
J’ai sûrement la vision déformée, comme celle d’un mouton.
– Croyez-vous que c’est une mauvaise perception de la profondeur de champ docteur ?
Existe-t-il seulement une étude officielle sur le sujet ?
Accordez-moi encore une heure et je raccroche les wagons.

Salvetat Libertas

etrange_causse(Autochrome / octobre 1913)
Cela fait un siècle, ce mois-ci, que le causse de Sauveterre est le dernier espace de libre circulation de notre galaxie. Un anniversaire que j’ai été le seul a fêter il me semble…

Je vous fait part ici de la dernière mise à jour du code des circulations extraterrestres par le MEDDE.
« Le causse de Sauveterre est une zone d’extraterritorialité dans laquelle les lois de la Voie lactée ne s’appliquent pas. Cet espace de libertés, dans le périmètre duquel il est interdit de poursuivre les fugitifs du système solaire, est balisé par des bornes wifi en forme de pyramide. Les populations colonisatrices de la terre peuvent y trouver refuge et sécurité. Tout contrevenant à cette trêve sera frappé d’anathème »

Mauvais début à bord de mon lit !

lupus

Réveillé par un tohu-bohu qui me vrille la cervelle, j’ouvre un œil sur ma chambre.
C’est un hôtel. Je vois un manteau accroché à la patère de la porte. Je devine qu’il s’agit d’une peau de loup. Comment est-ce que je sais ça ? Je referme les yeux un instant, me concentrant sur une odeur particulière. Maintenant, j’entends des personnes vivantes qui se bousculent dans le couloir.
Une voix de femme lance : « Ne me touchez pas ou je vous envoie mes chiens d’enfer ! »
Des barbares se ruent contre la porte. Quelqu’un pousse un profond soupir. Puis le calme revient. J’aperçois un ciel laiteux par la tenture qui baille. La lumière dessine un couteau à lame très mince sur le sol. Je me lève. Mes muscles sont ankylosés. Pierres, bois, étangs, animaux empaillés, squelettes, ossements, tête de victime… Étouffer aussi mes pensées. Hier soir, je me suis laissé aller à d’affreuses tentations.

DES FRAGMENTS DE L’OUBLI – TOME 3

fragments_tome3

Le tome 3 | L’Homme Oiseau | vient de sortir et clôture ainsi la série
« Des Fragments de l’oubli » de Serge Annequin. Le tableau peut enfin se regarder en entier.
Comme pour le triptyque de Bosch, l’ensemble est saisissant mais ce sont les détails qui comptent.
Des similitudes, des touches qui d’un livre/tableau à l’autre permettent de se repérer et de tisser
un fil narratif. Faustine, Jean-Pierre et l’Homme Oiseau. 3 êtres qui se cherchent alors qu’ils sont
ensembles, qui se perdent alors qu’ils sont si proches. Une oeuvre saisissante qui aborde la « réalité »
du souvenir, sa complexité, sa déformation. Ou comment la mémoire fait son cinéma…

A lire, relire et à regarder !

Par ici, tout le bien que je pense du tome 1 et du tome 2

Pardon ?

antoinette

Avant qu’elle ne perde la tête, M.A. songea qu’elle n’avait rien prévu pour le dîner du soir.
Ses cheveux prirent alors la couleur d’un renard en panique.
Est-ce que la marée est bien arrivée ? demanda t-elle en français.
Chemise noire et pantalon noir, le bourreau n’apprécia pas l’entorse.
Au moins le mari s’était montré plus respectueux du protocole !
Taisez-vous, et couchez-vous là, dit-il avec un fort accent de Racleterre.

Rorschach hcahcsroR

AMG

De cette femme, je n’en avais eu que le récit.
D’abord si vague qu’il n’était qu’une tache dans ma pensée.
Parfois me revenait quelques bribes : une montagne d’où jaillissait une couronne de coquelicots !
Des témoins parlaient d’une étrange pâleur, d’une délicatesse, d’autre d’une couleur ou d’une lueur…
L’écouter, c’était prêter l’oreille à un murmure.
La regarder laissait une marque au derme, comme mouillé par la lanière d’un fouet.

Et puis un jour plus rien. Pelle, pioche, feu, rien ne remonte du creuset.
La tache n’est plus et pour une durée qui échappe à toute appréciation.

Mémoire flash

nemo_zeppelin

Ce soir, au bar des Arcades, c’est vie, sève, chaleur et humidité.
Au bout du comptoir un gars gesticule parce qu’il s’est fait faire des gants en chevreau. Enfin, c’est ce que m’explique Marcial. Moi j’ai plutôt l’impression qu’il sème des parfums dans l’atmosphère.
Je marmonne une histoire sur un jardinier qui a des gants en peau de buffle mais personne n’écoute.
Dehors, une croix de cuivre resplendit dans le ciel encore éclairé.
Marcial se demande d’où vient toute cette eau de pluie qui met son linge dans un état déplorable.
Pour moi ce déluge vient du nord-est, un point précis au bord de l’abîme.
Marcial a peur quand je parle. Il me trouve bizarre et me demande de me taire pendant au moins vingt-quatre heures…
Le gars au bout du comptoir s’est barré.
J’entends des cris et des rires en provenances de l’univers.